Références

Quand on découvre la peinture de Jean-Pierre SEFERIAN on ne peut s’empêcher d’être saisi par un sentiment qui mêle le familier et l’étrange, une sorte de décalage entre l’actualité de l’œuvre et ce qu’elle dégage d’une histoire ancienne. Comme si la patine du temps avait déjà imprimé son œuvre sur cette toute jeune peinture et que nous avions affaire non pas à des toiles fraîchement sorties de l’atelier de l’artiste mais à des morceaux de fresques antiques.

Cette impression peut s’expliquer en partie par le travail que Jean-Pierre SEFERIAN réalise sur ses tableaux. Les toiles sont en effet largement préparées : enduites, encollées, elles sont apprêtées essentiellement au couteau par superpositions de couleurs.  Puis sur ce support riche en matière, une forme est esquissée, très délicatement, par quelques coups légers de crayons lithographiques. Quelques petites touches de lumière viendront remplir ces formes pour leur donner leurs volumes définitifs sans avoir recours aux dégradés des couleurs.

Devant ces tableaux, le spectateur ne ressent plus alors un sentiment d’inachèvement mais plutôt celui d’un effacement. Comme si la logique du temps s’était retournée et que cette peinture nous parlait d’un passé qu’elle ne possédait point et dont l’évocation s’inscrivait en son cœur comme une histoire vierge de tout souvenir.

Car ce qui anime cette peinture à travers ses différents contrastes, c’est bien la question du temps. Celle d’un présent qui ne peut s’appréhender que dans l’écart qui sépare un hier qui n’est plus et un demain qui n’est pas encore. Paradoxe de la durée et de l’instant, d’un instant insaisissable qui ne peut être évoqué et suggéré que par l’abolition de ce qui constitue la vie : le mouvement. En ce sens cette peinture nous rappelle à notre condition humaine et sa nécessaire soumission à la loi implacable de l’écoulement du temps. Chaque trait, chaque dessin des visages ou des corps évoque aussi bien l’impossibilité d’en retenir la fuite que nos rêves les plus fous pour en arrêter le cours.

Alain MICHAUD